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Matières · · 9 min de lecture · par Jonathan

Marbre, travertin, grès : lequel pour un sol de salle de bain ?

La question arrive toujours au moment du choix des matières, et elle est presque toujours mal posée. On demande « lequel est le plus beau ». La vraie question est : lequel supportera votre façon de vivre, avec l'entretien que vous êtes prêt à lui donner — et l'eau qui sort de votre robinet.

Double vasque sur plan blanc devant un mur en marbre veiné de gris, miroirs et robinets en laiton
Photo : Christian Mackie · Unsplash

Vue d'ensemble

Trois pierres, dont une n'en est pas une.

Le marbre et le travertin sont des roches calcaires : vivantes, poreuses, sensibles à l'acide. Le grès cérame est une céramique pressée et cuite : il ne craint à peu près rien, et il ne vieillit pas. Tout le choix tient dans cette phrase.

Ce qui les distingue, une fois posés dans une pièce d'eau
Sur ce pointLe marbreLe travertinLe grès cérame
Ce que c'est Une roche calcaire cristallisée, veinée, polie ou adoucie. Une roche calcaire de source, chaude, trouée naturellement. Une céramique pressée et cuite à haute température, pleine masse ou émaillée.
Ce qu'il craint L'acide, avant tout : un anticalcaire, un démaquillant renversé, du citron. Puis les rayures sur les finitions polies. L'acide aussi, et les taches qui s'installent dans les pores s'il n'est pas traité. Presque rien. Les émaillés bas de gamme peuvent se rayer ou s'ébrécher sur un choc.
L'entretien Hydrofuge à la pose, renouvelé tous les deux ou trois ans. Nettoyants au pH neutre, rien d'autre. Même régime, et une vigilance en plus sur les trous laissés ouverts. N'importe quel produit, aucun traitement.
Mouillé, pieds nus Poli : glissant. Adouci ou brossé : acceptable. Poli : glissant. Vieilli ou brossé : bon. Selon la finition, de très glissant à antidérapant : la classe A, B ou C est sur la fiche.
Dans quinze ans Patiné, un peu marqué aux endroits de passage. Il a vécu. Patiné aussi, et l'usure lui va bien. Identique au premier jour. C'est un avantage ou une déception, selon ce que vous cherchez.
Fourniture seule, ordre de grandeur 120 à 300 CHF/m², bien plus pour les veines rares. 60 à 130 CHF/m². 30 à 90 CHF/m² pour les produits courants.

Les prix ci-dessus sont des moyennes publiques, fourniture seule, hors pose : la pose d'une pierre naturelle coûte plus cher que celle d'un grès, parce qu'elle demande une colle adaptée, une planéité parfaite et un traitement après pose. L'article sur le prix d'une rénovation donne la fourchette posée, sol et murs réunis. Ce ne sont jamais des prix d'ONDÉA.

Le marbre

Superbe, vivant, et sensible.

Aucune matière ne donne cette profondeur. Aucune ne demande autant de savoir ce qu'on fait.

Le marbre est un calcaire. Un calcaire réagit à l'acide : c'est de la chimie, pas une fragilité de luxe. Or une salle de bain est pleine d'acides discrets — la plupart des anticalcaires, les nettoyants « spécial sanitaires », certains démaquillants, le vinaigre blanc que tout le monde recommande. Une goutte oubliée, et le poli devient mat à cet endroit, définitivement : c'est l'auréole que l'on voit sur tant de plans de vasque. Elle ne part pas, elle se reponce.

Deux gestes réduisent le risque sans le supprimer. Un traitement hydrofuge et oléofuge appliqué après la pose, puis renouvelé tous les deux ou trois ans selon l'usage : il ralentit la pénétration de l'eau et des corps gras, il ne protège pas de l'acide. Et une finition adoucie ou brossée plutôt que polie : elle marque moins, glisse moins mouillée, et vieillit mieux. Le marbre poli miroir est fait pour un mur, pas pour le sol d'une douche.

Où il donne le meilleur : les murs, un plan de vasque, une crédence, une niche — les endroits que l'on regarde et où l'eau ne stagne pas. Le marbre en plan de travail de cuisine obéit aux mêmes règles, le citron en plus. La page consacrée au marbre détaille les variétés, les finitions et ce qu'il faut savoir avant de le choisir.

Le travertin

Plus chaud, plus mat, plus indulgent.

Le travertin pardonne davantage que le marbre, à une condition : choisir sa finition en pensant à l'eau, pas à la photo.

C'est un calcaire lui aussi, formé par des sources : sa surface est trouée naturellement. Ces trous, on les rebouche à la fabrication ou à la pose — le carreau est alors lisse et facile à nettoyer — ou on les laisse ouverts pour un rendu plus brut, plus proche de la pierre de carrière. Dans une salle de bain, la première option est la plus raisonnable : un trou ouvert au sol d'une douche est un piège à savon et à calcaire.

Sa couleur — beige, noisette, parfois argentée — supporte bien les traces d'eau et le calcaire, ce qui en fait une pierre plus tranquille au quotidien que le marbre. Il reste sensible à l'acide, et demande le même hydrofuge. Attention à la finition : un travertin poli devient glissant une fois mouillé ; le vieilli, le brossé ou le tambouriné sont faits pour le sol.

Le grès cérame

Ce n'est pas de la pierre, et c'est son atout.

Une céramique pressée et cuite, si dense qu'elle n'absorbe presque pas l'eau. Les bons produits imitent aujourd'hui la pierre à s'y méprendre, à un mètre.

La norme européenne des carreaux céramiques classe le grès cérame dans le groupe des carreaux à très faible absorption d'eau : 0,5 % au maximum. Concrètement, l'eau reste dessus, le gel ne l'éclate pas, les taches ne rentrent pas. Il ne se traite pas, il supporte tous les produits d'entretien, et il coûte deux à trois fois moins cher qu'une pierre. Il a un défaut, un seul, et il est esthétique : il ne vieillit pas. Il sera identique dans quinze ans.

Trois choses à savoir en le choisissant :

  • Pleine masse ou émaillé. Le pleine masse est teinté dans toute son épaisseur : un éclat ne se voit presque pas. L'émaillé porte son décor en surface, ce qui permet les imitations les plus fidèles — pierre, mais aussi bois : voir notre guide du carrelage imitation parquet ; un choc sur un carreau bas de gamme peut découvrir la masse claire dessous.
  • La glissance se lit sur la fiche. Pour les pieds nus en présence d'eau, les carreaux sont classés A, B ou C. A convient au sol d'une salle de bain, B est recommandé pour le sol d'une douche, C est fait pour les bords de bassin. Un carreau « effet marbre » poli est souvent en dessous de A : superbe au mur, dangereux au sol d'une douche — le match effet marbre ou vrai marbre tranche surface par surface.
  • Rectifié, joint fin. Un carreau rectifié, aux bords coupés d'équerre, se pose avec un joint de deux millimètres : c'est ce qui rend l'imitation crédible, et ce qui agrandit une petite pièce. Le guide du carrelage à Genève passe en revue grès, faïence et zellige ; l'article sur les joints dit pourquoi ils comptent plus que le carreau.

Les repères

Quatre chiffres à garder en tête.

≤ 0,5 %
L'absorption d'eau du grès cérame

Le seuil du groupe « grès cérame » dans la norme des carreaux céramiques. C'est ce qui le rend indifférent à l'eau, au gel et aux taches.

A · B · C
La glissance pieds nus

Trois classes, du moins au plus adhérent, mesurées sur un plan incliné mouillé. A pour la pièce, B pour le sol de la douche. À demander sur la fiche du carreau, jamais à deviner.

2 à 3 ans
L'hydrofuge d'une pierre

Le rythme habituel de renouvellement du traitement, plus souvent au sol d'une douche, moins souvent sur un mur. Il protège de l'eau et du gras, pas de l'acide.

pH 7
Le seul produit d'entretien

Neutre. Ni acide (anticalcaire, vinaigre, citron) ni très basique (décapants). Sur du calcaire, c'est la règle sans exception ; sur du grès, elle n'existe pas.

Notre conseil

La pierre là où l'on regarde, le grès là où ça mouille.

Pierre naturelle sur les murs et dans les zones qu'on regarde, grès cérame au sol de la douche et dans les zones de passage. On garde l'émotion là où elle se voit, et la tranquillité là où l'eau stagne.

C'est le partage qui vieillit le mieux. Un mur de marbre ne reçoit ni pied mouillé ni flaque de shampoing : il garde son poli pendant vingt ans. Un sol de douche en grès cérame structuré, classe B, ne glisse pas, ne se tache pas et se nettoie à l'éponge. Entre les deux, le regard ne fait pas la différence — à condition de choisir les deux ensemble, sur échantillons, à la lumière de la pièce, et de ne pas poser un grès « imitation marbre » juste à côté du vrai : la comparaison directe est cruelle. Choisissez plutôt un grès uni, ou une imitation d'une autre pierre, qui accompagne le marbre sans prétendre en être.

Et si le budget ne suit qu'une seule matière : un grès cérame de qualité partout, rectifié, joint fin ton sur ton, vaut mieux qu'une pierre bas de gamme mal finie. Dans une petite pièce, c'est même souvent le meilleur choix, parce que la continuité compte plus que la matière.

Le devis

Ce qui doit être écrit, ligne par ligne.

Une pierre mal posée coûte le prix d'une pierre bien posée, plus celui de la reprendre. Sur le devis, cinq mentions font la différence entre un artisan qui connaît la matière et un artisan qui la découvre :

  • La matière, la finition et le format, nommés précisément — « marbre blanc adouci 60 × 60 », pas « carrelage pierre ».
  • La classe de glissance du carreau posé au sol de la douche, ou la finition de la pierre qui en tient lieu.
  • La colle : une pierre claire se pose avec une colle blanche, prévue pour la pierre naturelle ; une colle grise ordinaire peut la tacher par transparence.
  • Le traitement après pose pour une pierre : hydrofuge et oléofuge, produit nommé, et qui le renouvellera.
  • Le calepinage : le sens de pose, la position des coupes, le raccord entre le sol de la pièce et celui de la douche. Sur une pierre veinée, c'est ce qui décide du résultat.

Et une chose qui n'est pas sur le devis mais qui doit l'être dans votre tête : aucune de ces matières n'est étanche. Ce qui retient l'eau est en dessous.

Chez nous

L'eau du canton de Genève est douce pour l'essentiel : celle du lac, qui alimente la plus grande partie du canton, tourne autour de 13 à 14 °f d'après les SIG ; là où elle est mélangée à l'eau des nappes, elle monte à 18-22 °f. C'est une bonne nouvelle pour la pierre naturelle : peu de calcaire, donc peu de traces, et presque jamais besoin d'anticalcaire — ce produit qui est interdit sur un marbre ou un travertin, et qui fait les auréoles dans les foyers qui ont choisi la pierre sans qu'on leur explique le régime. Si vous tenez à la pierre chez nous, il reste un nettoyant neutre spécial pierre, une finition qui pardonne, et l'adoucisseur n'a d'intérêt que dans les communes les plus dures. Les repères de dureté, commune par commune, sont sur les pages de votre secteur.

Les deux communes où l'eau est la plus calcaire du canton sont Chêne-Bougeries et Thônex, alimentées par la nappe du Genevois : 19 à 22 °f, contre 13 à 14 pour l'eau du lac à Versoix. C'est là que le régime de la pierre demande le plus d'attention.

D'où viennent ces informations

Le seuil d'absorption d'eau du grès cérame (0,5 % au maximum) est celui du groupe BIa de la norme européenne EN 14411 sur les carreaux céramiques. Les classes de glissance pieds nus A, B et C sont celles de la méthode DIN 51097, reprise sur les fiches techniques des fabricants. La sensibilité des calcaires à l'acide, le rythme de renouvellement d'un hydrofuge et les prix de fourniture sont des repères d'usage — des ordres de grandeur du marché suisse, à vérifier en magasin —, jamais des prix d'ONDÉA.

ONDÉA ne réalise aucun chantier. Le choix final de la matière, la pose, le traitement et la garantie qui va avec sont conçus, posés et assumés par l'artisan avec qui vous signez ; lui seul engage sa responsabilité. Cette page sert à une chose : choisir en connaissant le régime de chaque matière, et lire un devis en sachant ce qui doit y figurer.

Les questions qui reviennent

Quatre réponses courtes.

Peut-on mettre du marbre au sol d'une douche à l'italienne ?

Techniquement oui, à trois conditions : une finition adoucie ou brossée, jamais polie, parce qu'un marbre poli mouillé est une patinoire ; un traitement hydrofuge à la pose et renouvelé ; et des produits d'entretien sans acide, ce qui exclut la plupart des anticalcaires du commerce. Si l'une des trois vous paraît contraignante, un grès cérame imitation marbre au sol de la douche, et le vrai marbre aux murs, donne le même regard pour beaucoup moins de soucis.

Le grès cérame imitation pierre se voit-il ?

À un mètre, sur les bons produits, non. De près, oui, sur deux points : le motif se répète (un même carreau revient tous les dix ou vingt), et la surface est régulière là où une pierre a des accidents. Ce qui trahit le plus une imitation, ce n'est pas le carreau, c'est le joint : trop large ou d'une couleur qui tranche, il rappelle qu'on regarde un carrelage. Demandez un rectifié, un joint fin, et un lot avec le plus de faces différentes possible.

Quel produit pour nettoyer un sol en marbre ou en travertin ?

De l'eau et un savon neutre, ou un nettoyant spécial pierre naturelle au pH neutre. Jamais de vinaigre, de citron, d'anticalcaire ni de produit « spécial carrelage » sans avoir lu l'étiquette : la plupart contiennent un acide, et l'acide mange le calcaire. Une seule application peut laisser une auréole mate définitive. Le grès cérame, lui, supporte tout ce qu'on lui met.

Faut-il un carrelage antidérapant partout dans la salle de bain ?

Non. La glissance pieds nus se lit sur la fiche du carreau : classe A, B ou C. A suffit pour le sol d'une salle de bain, B est recommandé pour le sol d'une douche, C est fait pour les bords de piscine. Un carreau très antidérapant se nettoie moins bien : inutile de mettre du C dans une pièce où l'on marche surtout en chaussons. Le bon compromis est souvent un même carreau en deux finitions, lisse dans la pièce et structuré dans la douche.

Demandez la matière, et le régime qui va avec, au bon professionnel.

Votre projet tient en cinq questions — marbre, travertin, grès, ou vous hésitez encore. Nous le confions au professionnel du canton de Genève dont c'est le métier, et c'est lui qui vous contacte. C'est gratuit, et vous signez avec lui, ou avec personne.