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Baignoire ou douche : la question est mal posée
On nous demande de trancher, et on refuse toujours, parce que le débat est mal cadré. Une baignoire et une douche occupent la même surface pour deux usages qui n'ont rien à voir. La vraie question n'est pas laquelle : c'est combien de mètres carrés vous acceptez d'y consacrer, et pour quel usage réel.
Le malentendu de départ
Deux objets qui ne se comparent pas.
Une douche est un geste quotidien de cinq minutes. Un bain est un moment de trente. On ne choisit pas entre deux équipements, on choisit entre deux rythmes de vie.
La douche est faite pour tous les jours : rapide, économe, sans attente. D'après l'ADEME, l'agence française de la transition écologique, une douche courte consomme de l'ordre de 35 à 60 litres d'eau ; un bain en demande 150 à 200, quelle que soit la durée. Sur un an, la différence se lit sur la facture d'eau et, plus encore, sur celle de l'eau chaude.
La baignoire répond à d'autres besoins, tout aussi réels : laver de jeunes enfants, se détendre, soulager un dos ou des jambes après une journée. Ces besoins ne se remplacent pas par une douche, aussi belle soit-elle. La question honnête est donc : lesquels de ces besoins existent vraiment chez vous, et à quelle fréquence ?
| Sur ce point | La douche | La baignoire |
|---|---|---|
| Le geste du matin | Cinq minutes, sans attendre que ça se remplisse. | On s'y douche aussi, debout dans 70 cm de large, en enjambant un rebord. |
| L'eau | 35 à 60 litres pour une douche courte, davantage si elle s'éternise. | 150 à 200 litres à chaque fois, quoi qu'il arrive. |
| Les enfants | Possible dès qu'ils tiennent debout, moins pratique avant. | Le seul vrai confort pour laver un bébé ou un petit, sans se casser le dos. |
| Vieillir avec | Sans ressaut, avec un siège et une barre, elle reste utilisable très longtemps. | Le rebord devient un obstacle ; c'est le premier équipement qu'on remplace passé un certain âge. |
| L'entretien | Une paroi à essuyer, un siphon à nettoyer, des joints à surveiller. | Un grand volume à rincer, un tablier qui cache ce qu'on ne voit pas. |
| La place | À partir de 80 × 80 cm, confortable à 90 × 90, généreuse à 120 × 90. | 170 × 70 cm en standard, 140 à 150 cm de long dans les petites pièces. |
Les vraies questions
Six questions, et la réponse tombe d'elle-même.
Personne ne peut trancher à votre place. En revanche, six questions concrètes suffisent presque toujours à faire apparaître la réponse — à condition d'y répondre honnêtement, chiffres à l'appui.
- Combien de bains prenez-vous réellement par mois ?Comptez, ne devinez pas. Beaucoup de gens gardent une baignoire pour un usage qu'ils imaginent avoir. Si la réponse est « deux ou trois par an », vous payez chaque jour en place et en confort de douche un plaisir que vous ne prenez pas.
- Avez-vous de jeunes enfants, ou en aurez-vous dans les cinq ans ?C'est l'argument le plus solide en faveur de la baignoire. Il a une durée de vie : passé six ou sept ans, les enfants se douchent. Une salle de bain se refait tous les quinze ou vingt ans ; pensez à la pièce sur toute cette durée, pas seulement aux trois prochaines années.
- Est-ce votre seule pièce d'eau ?S'il y a une douche ailleurs, gardez la baignoire sans hésiter : vous avez les deux. S'il n'y a qu'une pièce, chaque centimètre compte, et une baignoire de 170 cm dans une pièce de 4 m² dicte tout le reste du plan.
- Comptez-vous vendre ou louer à court terme ?Sur certains marchés, l'absence de baignoire ferme des portes aux familles ; sur d'autres, une grande douche à l'italienne fait vendre. Regardez à qui votre logement s'adressera après vous, pas à ce que vous préférez.
- Où en serez-vous dans dix ou quinze ans ?Si vous comptez vieillir dans ce logement, la douche sans ressaut est le choix qui vous évitera de refaire la pièce une seconde fois — et c'est aussi celui que les aides publiques encouragent, voir plus bas.
- Sur quoi repose votre salle de bain ?Une baignoire en fonte de 170 cm pèse une centaine de kilos à vide ; pleine, avec 160 litres d'eau et une personne dedans, on approche des 350 kg sur un peu plus d'un mètre carré. Sur une dalle béton, aucun sujet. Sur un plancher bois ancien, c'est une question à poser à l'artisan avant de rêver, surtout pour ajouter une baignoire là où il n'y en avait pas.
Notre avis
Trois seuils de surface, et un compromis à éviter.
En dessous de 5 m², n'essayez pas d'avoir les deux. Au-delà de 7 m², le vrai luxe n'est pas d'avoir les deux, c'est d'avoir une douche généreuse.
Une douche de 90 × 90 ou 120 × 80, un meuble, un WC. La baignoire de 170 cm y entre aussi, mais elle mange le plan : tout le reste se serre autour d'elle.
La surface où la question se pose pour de bon. Une baignoire tient sans étouffer la pièce, une grande douche aussi. Les six questions ci-dessus décident.
Une baignoire et une douche séparées entrent dans la pièce. La question devient : en avez-vous besoin, ou préférez-vous une douche de 120 cm et de la place pour respirer ?
Une douche de 120 cm de large change la vie tous les jours. Une baignoire change la vie quatre fois par an. C'est le rapport à garder en tête quand on hésite.
Le compromis qui déçoit : la baignoire-douche
La baignoire avec paroi, dans laquelle on se douche, est la réponse habituelle des petites pièces. Elle est mauvaise dans les deux usages : on s'y douche mal, debout dans un fond étroit et arrondi, en enjambant un rebord de 55 cm, et on s'y baigne à moitié, dans une cuve conçue pour être aussi une douche. Elle se justifie dans un cas : la baignoire sert réellement, plusieurs fois par semaine, et la pièce n'a pas la place pour deux équipements. Sinon, c'est le pire des deux mondes payé au prix des deux.
Une nuance pour les logements récents : la norme SIA 500 « Constructions sans obstacles » définit des logements dits adaptables, conçus pour être transformés plus tard sans travaux de gros œuvre, et les cantons l'imposent au-delà d'un certain nombre de logements par immeuble. Si votre immeuble est récent, il y a de bonnes chances que le remplacement de la baignoire ait été prévu dès la construction — demandez les plans à la régie : c'est un argument de plus pour ne pas subir une baignoire dont vous ne vous servez pas.
Le chantier
Remplacer une baignoire par une douche : ce que ça implique.
C'est le remplacement le plus demandé en rénovation de salle de bain, et il est moins anodin qu'il n'y paraît. Une baignoire se vide par un bout, sur un siphon en hauteur ; une douche se vide au sol, ce qui suppose une pente et un siphon plus bas. Toute la question du chantier tient dans ces quelques centimètres.
- La dépose. Une baignoire acrylique s'enlève à deux ; une fonte scellée depuis quarante ans se casse sur place, en plusieurs morceaux, avec les gravats qui vont avec. Le prix de la dépose en dépend.
- Le mur mis à nu. Derrière le tablier et sous le rebord, il n'y a généralement ni carrelage ni enduit. La zone doit être reprise, et le raccord avec le carrelage existant est rarement invisible : c'est souvent ce qui décide de refaire tout le mur.
- L'évacuation. Un receveur extra-plat se contente en général de l'évacuation existante. Une douche à l'italienne, carrelée au ras du sol, demande de creuser ou de rehausser pour loger le siphon et la pente : c'est là que le devis grimpe, surtout en appartement où l'on ne creuse pas dans la dalle du voisin.
- L'étanchéité. Une douche au sol se fabrique sur place et pardonne moins qu'un receveur d'usine. Tout est dit dans l'article sur l'étanchéité d'une douche à l'italienne, y compris ce qui doit figurer sur le devis.
Côté budget, les fourchettes publiques que nous avons recoupées dans l'article sur le prix d'une rénovation donnent l'ordre de grandeur : 1 200 à 2 800 CHF de dépose, 300 à 800 CHF d'étanchéité, 800 à 2 000 CHF pour la pose de la douche elle-même, plus la paroi, la robinetterie et la reprise du carrelage. La plupart des remplacements se situent entre 6 000 et 15 000 CHF posés, TVA à 8,1 % comprise ; ils dépassent quand le carrelage de toute la pièce est refait ou que l'évacuation est déplacée. Ce sont des moyennes constatées, pas des prix d'ONDÉA : seul un devis, sur place, engage quelqu'un. Le chantier de remplacement, pas à pas — prix, délais, cas du senior et du locataire — a désormais sa page dédiée.
Vieillir avec sa salle de bain
Les aides existent, mais moins qu'on ne le croit — et il faut les demander avant.
En Suisse, il n'existe pas de prime nationale pour adapter son logement, et le canton de Genève n'a pas, à ce jour, d'aide cantonale pour remplacer une baignoire par une douche — contrairement au canton de Vaud, qui a introduit une aide en juillet 2026. Le remplacement peut malgré tout être pris en charge, en tout ou partie, dans quelques cas précis :
- Avant l'âge de la retraite : l'assurance-invalidité. Le chapitre 14.04 de l'annexe à l'OMAI liste les aménagements du logement rendus nécessaires par l'invalidité — adaptation de la salle de bain, de la douche et des WC, pose de barres d'appui, suppression des seuils. La liste est exhaustive, et la demande se dépose à l'office AI du canton avant les travaux.
- À l'âge AVS. L'AVS ne finance pas la transformation d'un logement. Les prestations complémentaires, pour ceux qui y ont droit, remboursent certains moyens auxiliaires amovibles : siège de douche, planche de bain, barre d'appui.
- Le conseil, lui, est accessible. Les ergothérapeutes d'imad, l'institution genevoise de maintien à domicile, évaluent le logement et proposent les adaptations utiles ; Pro Senectute Genève oriente sur les démarches. C'est par là qu'il faut commencer, pas par le catalogue de douches.
Deux réflexes, quelle que soit votre situation. Rien n'est financé après coup : une demande se dépose avant le premier coup de marteau. Et une évaluation par un ergothérapeute avant de choisir la douche évite les adaptations inutiles — et les oublis, comme la hauteur du siège ou l'emplacement de la barre.
La baignoire à porte, une fausse évidence
Elle est proposée à toutes les personnes âgées qui tiennent à leur bain. Elle a un défaut de conception qu'aucune publicité ne montre : on y entre à sec, on attend assis qu'elle se remplisse, et on attend de nouveau, mouillé, qu'elle se vide entièrement avant d'ouvrir la porte. Pour quelqu'un qui a froid vite, c'est long. Elle a sa place quand le bain est un besoin réel — thérapeutique, ou un plaisir auquel on ne renonce pas. Dans les autres cas, une douche sans ressaut avec un siège rabattable rend le même service, mieux, pour moins cher.
Chez nous
Dans le canton de Genève.
Les repères ci-dessus sont nationaux. Trois particularités du secteur pèsent sur ce choix précis :
- Le plancher bois. Une bonne partie de l'habitat ancien du canton, des immeubles de la Vieille-Ville aux villas d'avant-guerre, repose sur des planchers en bois. Ils portent une baignoire, mais pas n'importe où ni n'importe laquelle : la sixième question de cette page se pose ici plus qu'ailleurs, et la réponse appartient à l'artisan qui verra le plancher.
- L'appartement en PPE. En propriété par étages, dans les collectifs du bassin genevois, transformer une baignoire en douche à l'italienne suppose de loger un siphon et une pente dans une épaisseur de dalle qui n'est pas la vôtre. C'est le cas où le receveur extra-plat est souvent la solution raisonnable, et où l'étanchéité protège le plafond du voisin.
- Le locatif. Beaucoup de logements du canton sont loués, souvent à des familles ou à des couples qui bougent. Si le vôtre est destiné à la location, la quatrième question — à qui s'adressera ce logement après vous ? — compte davantage que votre goût personnel.
Le parc de logements pèse lourd dans ce choix : là où dominent les grands ensembles des années 1960-1980, la salle de bain d'origine se transforme presque toujours de la même façon. Nous l'avons regardé de près pour la rénovation d'une salle de bain à Onex et la rénovation d'une salle de bain à Vernier — et pour la rénovation d'une salle de bain à Lancy, où un logement sur trois date des années 1946-1970 quand un sur quatre a moins de quinze ans : la question baignoire ou douche ne s'y pose pas du tout de la même façon selon l'immeuble.
D'où viennent ces informations
Les consommations d'eau proviennent des repères publiés par l'ADEME, l'agence française de la transition écologique — un litre d'eau est un litre d'eau des deux côtés de la frontière. Les aménagements pris en charge par l'assurance-invalidité sont ceux du chapitre 14.04 de l'annexe à l'OMAI, tels que consultés en août 2026 ; l'absence d'aide cantonale genevoise est l'état des choses à cette date, vérifiez-le avant de compter dessus. Les logements adaptables sont ceux de la norme SIA 500. Les fourchettes de prix sont des moyennes publiques recoupées, jamais des prix d'ONDÉA.
ONDÉA ne réalise aucun chantier. Le remplacement d'une baignoire, l'étanchéité et la garantie qui va avec sont conçus, posés et assumés par l'artisan avec qui vous signez ; lui seul engage sa responsabilité. Cette page sert à une chose : poser la question dans le bon ordre, et arriver devant un devis en sachant ce que vous voulez.
Les questions qui reviennent
Quatre réponses courtes.
Enlever la baignoire fait-il perdre de la valeur au logement ?
Cela dépend de qui achètera ou louera après vous. Une famille avec de jeunes enfants cherche souvent une baignoire ; une personne seule ou un couple préfère presque toujours une grande douche. Si le logement a deux pièces d'eau, gardez une baignoire dans l'une et la question disparaît. S'il n'en a qu'une, c'est un vrai choix, pas un détail.
Peut-on avoir les deux dans une petite salle de bain ?
En dessous de 5 m², rarement sans sacrifier tout le reste. Le compromis habituel est la baignoire avec paroi, dans laquelle on se douche : elle rend les deux services à moitié, on y enjambe un rebord tous les matins et on s'y baigne dans 70 cm de large. Elle se défend quand la baignoire est vraiment utilisée ; sinon, une douche de 120 cm rend la pièce méconnaissable.
Combien de temps prend le remplacement d'une baignoire par une douche ?
De deux à cinq jours en général, selon qu'on pose un receveur ou qu'on carrelle une douche à l'italienne. Une partie de ce délai est du séchage : l'étanchéité doit être sèche avant le carrelage, et rien ne sert de la presser. Pendant ce temps, la pièce est inutilisable.
Faut-il l'accord de la PPE ?
Pas pour remplacer une baignoire par une douche au même endroit : ce sont des travaux à l'intérieur de votre lot. La question se pose si l'évacuation doit être déplacée ou si l'on touche à une colonne commune : dans ce cas, lisez le règlement de la PPE et prévenez l'administrateur avant de commencer, pas après.
Pour aller plus loin
Deux lectures qui prolongent celle-ci.
Posez la question au bon professionnel.
Votre projet tient en cinq questions — baignoire, douche, ou vous hésitez encore. Nous le confions au professionnel du canton de Genève dont c'est le métier, et c'est lui qui vous contacte. C'est gratuit, et vous signez avec lui, ou avec personne.